L’Asie orientale face aux périls du nationalisme , Barthélémy COURMONT, édition lignes de repères, 2006 [Livre, Fiche, Géopolitique]

Publié le par Pauline Prodhome

L’Asie orientale est délimitée Au Nord par la Corée, du Nord, à l’Est par le Japon, au Sud par Taiwan et à l’Ouest par la Chine. Pays mentionnés : Chine, Taiwan, Japon, Corée du Sud, Corée du Nord, Washington, UE. Pour définir cette région, on peut retenir les interprétations qu’en font deux auteurs, l’un oriental, l’autre occidental. Wang Hui affirme que « Les représentations de l’Europe et de l’Asie ont été intégrées à la notion d’histoire mondiale » tandis que Hegel pense que « L’histoire du monde voyage d’est en ouest, car l’Europe est absolument la fin de l’Histoire, l’Asie son commencement ». Barthélémy Courmont est chercheur spécialisé dans les questions nucléaires, la politique étrangère des Etats-Unis, les relations transatlantiques et les nouvelles menaces à l'IRIS. Avant de rejoindre l’équipe de l’IRIS, Barthélémy Courmont a travaillé de 1999 à 2000 au Centre Français sur les Etats-Unis (CFE) de l'IFRI.

Plusieurs problématiques se dégagent de ce livre, qui a l'intérêt de transcrire de façon synthétique les enjeux de la zone. Les effets de la crise économique de 1997 d’abord, puis des deux « crises nucléaires » nord-coréennes, en 1993-94 et depuis 2002. Mais ce qui marque le plus sont les aspirations nationalistes et parfois anti-occidentales des pays. Effectivement, l’un des particularismes de l’Asie Orientale est cette hésitation entre des perspectives d’ouverture vers l’autre, notamment dans le domaine économique et commercial, et dans le même temps un repli derrière des thèses nationalistes et une méfiance affichée envers les voisins. Les deux plus grands enjeux de la région restent les relations entre Taipei et Pékin ainsi que voir Pyongyang se doter de l’arme nucléaire.

Nous suivrons, dans ce résumé, la pensée de l’auteur en étudiant successivement les pays d’Asie Oriental pour faire apparaître les atouts et les faiblesses de chacun. Nous verrons ainsi les affirmations nationalistes de chacun, mais aussi le rôle qu’ils jouent dans les problématiques de la zone.


1.    Chine : du sino-centrisme au nationalisme

Au niveau économique, la Chine est en grande progression et le pays est devenu le principal moteur de croissance de la zone depuis la crise de 1997. Ainsi, les exportations de l’ASEAN en Chine ont augmenté de 55% au premier semestre 2003. Au Japon, les importations chinoises dépassent désormais les importations américaines. La Chine a aussi largement fait progresser ses échanges bilatéraux avec la Corée du sud, Thaïlande, Malaisie et Singapour.
Le pays possède aussi un nationalisme ancré dans l’histoire. Pour Jean-Vincent Brisset, la Chine a été pendant 367 ans soit 58% du temps, entre 1279 et 1911, gouverné par des autorités étrangères. Le nationalisme est aujourd’hui utilisé comme une réponse à cette histoire de soumission aux puissances occidentales. Il s’agit d’un nationalisme d’Etat : orienté depuis la fin de la guerre froide par l’unité chinoise, qui est l’œuvre du plus grand pragmatisme du gouvernement. Ce nationalisme se nourrit aussi d’un sentiment  antiaméricain. Plusieurs exemples sont observables, tel que le bombardement de l’ambassade de Chine à Belgrade en 1999 et de l’avion espion américain autour de la province de Hainan en 2001. Le nationalisme s’exprime aussi contre le Japon, avec, en avril 2005, la nouvelle affaire des livres scolaires japonais. Mais entre les deux pays, on observe tout de même quelques signes de rapprochement, surtout au niveau commercial. Placée au cœur de la crise Nord-Coréenne enfin, la Chine est accusée de complicité voir de double-jeu. Le pays conserve des liens étroits avec Pyongyang, se plaçant en intermédiaire entre la Corée et les USA et maintient à l’écart le Japon et la Russie.

2.    Taiwan : Les défis de l’indépendance
   
La province de Ta¨wan est surtout connue pour être la « Province rebelle » de la Chine. Cela crée une  situation critique qui fait craindre une confrontation. Si l’île faisait une réelle déclaration d’indépendance, il y aurait un risque de réponse armée de la Chine, surtout depuis le 14 mars 2005, où la Chine a voté « loi anti-sécession ». Mais, selon HU PING : « Une majorité écrasante de Taiwanais considèrent leur pays comme un pays souverain » donc peuvent faire l’économie d’une déclaration d’indépendance. En fait, il existe dans le pays une réelle division du Pouvoir puisque le Président (pouvoir exécutif) a comme objectif l’indépendance d’ici 2007 et veut acheter des armes aux USA. Au contraire, la victoire du Guomindang aux élections législatives de 2004 puis aux élections régionales de novembre 2005, contrent cette hypothèse car le leader du parti, MA YING-JIO, est hostile à l’indépendance et  recherche au contraire un rapprochement avec Pékin.
   
3.    Japon : entre passé douloureux et promesses d’avenir

Le pays possède d’abord le plus lourd passé nationaliste de la région. La population contemporaine a abandonné ses rêves de grandeur mais des tensions restent, comme avec avec la Chine au sujet de la seconde guerre mondiale. Il y a pourtant des risques de voir un réarmement Japon et un renouveau du nationalisme, surtout auprès des jeunes. En fait, le pays a avant tout la volonté d’obtenir un siège de membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU. Au niveau militaire, le pays a été désarmé après 1945, puis a changé progressivement de politique, avec l’envoi de démineurs après guerre de 1991 et en Irak en 2003. Le gouvernement a publié le « livre blanc de la défense » en juillet 2004 mais la population reste toujours fortement pacifiste et largement fidèle aux 3 principes non-nucléaires édictés par Sato en 1967.  Au sujet de la Corée du Nord, le Japon a un rôle de médiateur et apporte une aide économique au pays pour maintenir un statut-quo et empêcher l’éclatement de la zone.

4.    Corée du Sud : Réveil au pays du matin calme

On peut observer en Corée du Sud, une croissance économique exceptionnelle, accompagnée d’une montée du nationalisme chez les jeunes, comme on a pu l’observer aux Jeux olympiques de Séoul en 1988. Sentiment antiaméricain lui aussi se développe depuis que le Pentagone a confirmé, le 7 juin 2004, son projet de retrait de 12 500 soldats américains d’ici fin 2005. Les sud-Coréens se sentent délaissés par les USA et craignent un réveil de la Corée du Nord à la suite à cette décision. Ses relations avec le Nord  quand à elles, restent axées autour de la question de savoir si il y a une possibilité de réunification entre les deux pays. La Corée du Sud  a peur de devoir régler les problèmes économiques du Nord, comme a du le faire l’Allemagne de l’Oeust après sa réunification avec l’Est. De plus, le pays perçoit la crise nucléaire du Nord comme un risque supplémentaire, mais a surtout peur d’une invasion du Nord par des moyens traditionnels. Le 15 septembre 2002, un accord inter-coréen sur le rétablissement des voies de communication entre les deux pays apporte un espoir de rapprochement pascifique.

5.    Corée du Nord : La survie du régime comme priorité

Le pays a un programme nucléaire parallèle à la fabrication de missiles balistiques dans le but d’une négociation d’égal à égal avec les USA. L’aide énergétique américaine au pays est jugée insuffisante et le pays a trouvé cette méthode pour exercer une forme « Chantage ». Les accords de Kedo signés avec les USA en 1994, sur le gel du nucléaire, ne sont pas pas respectés et peut conduire à une crise très prochaine entre les deux puissances. La Corée du Nord ensuite, est le régime le plus fermé du monde et pose le risque humanitaire d’un effondrement du pays, qui se répercuterait sur toute la région. On retrouve aussi, comme nous l’avons vu précédemment, un écho de son discours nationaliste et anti-américain dans le sud. Le pays cultive le désir de créer une « grande Corée » avec réconciliation avec le Sud. Mais ce projet n’est pas sûr d’aboutir un jour à cause de la réticence d’une majorité du Sud.

6.    Washington : arbitre ou perturbateur ?

Au niveau de la question nord-coréenne, les Etats-Unis ont beaucoup œuvré, avec notemment la visite officielle, à Washington, de Roh Moo Hyun en juin 2005. On note néanmoins une dégradation des relations avec Pyongyang, venue surtout du fait du développement nucléaire de la Corée du Nord, ainsi que de la présence des forces militaires américaines au Sud, sous l’autorité du général Gary Luck. L’action du gouvernement de Georges W. Bush est elle aussi beaucoup critiquée et a provoqué une dégradation des relations, qui est révélatrice de la crise. Pourtant, le vrai rival des Etats-Unis reste la Chine, tel point que l’auteur parle de « La future guerre contre la Chine ». Ce pays est jugé comme responsable du déficit commercial des USA et cette culpabilité présumée est instrumentalisée par lobbies militaro-industriels américains.

7.    L’Union Européenne : Entre inquiétudes et fascination

On note une certaine évolution des relations enre les deux régions ; que ce soit au niveau commercial, culturel, et même politique. Mais il reste une grande difficulté pour un Européen de comprendre l’Asie (KISHORE MAHBUBANI). La Chine quand à elle, inspire une certaine  crainte, qui peut même virer à la paranoïa sur la question des exportations chinoises. Pourtant, les pays européens restent favorables  à la normalisation des relations commerciales avec la Chine. On peut résumer ce sentiment ambivalent en disant que Shanghai fascine tandis que Pékin fait encore peur.


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