F. Moracchini et La Route vers l'Est : L'Est au coeur du XXI° siècle [Conférence, Débat, Géopolitique]

Publié le par Pauline Prodhome

Vendredi 2 décembre, douze personnes de seconde année de l’ILERI ont eu le plaisir de dîner avec Mr Moracchini, ancien professeur de géopolitique de l’école, autour du sujet « L’Est au cœur du XXI° siècle ». L’ambiance était détendue autour d’un mezzé libanais et de nombreux sujets ont été abordés, guidés surtout par Adrien Cau, présidant à l’anglaise en face de Mr Moracchini. Peu d’élèves ont eu le courage de lancer les débats, mais tous ont écouté avec attention. Exit la politique intérieure, l’impérialisme américain, l’impuissance de l’Europe et les autres discussions annexes ; je vais tenter de faire un petit compte-rendu des discussions concernant les pays de l’Est.

 

La majorité des pays de l’Est ne sont pas de vrais Etats. Leurs frontières ont été créées artificiellement après la seconde guerre mondiale. Le nationalisme des pays de l’Est quand a lui, s’est fait sur les pogroms contre les juifs, mais aussi contre les russes. La Lituanie, par exemple, comprend 50% de population Russe ; mais celle-ci est marginalisée. Ces frontières sont une « bombe » pour plus tard, empêchant le développement des pays de l’Est et augmentant les chances de conflits. Pourtant, il semblerait que les puissances n’ont pas intérêt à refaire les frontières car ces tensions permanentes leur permettent de mieux contrôler cet espace. La double dépendance envers les Etats-Unis et la Russie, rappelle les conditions de Guerre Froide et surtout le Heartland de Mackinder.

 

 

Pour les pays de l’Est, l’Union Européenne représente un « Trait d’union » entre eux et les Etats-Unis, les éloignant de la puissance Russe. L’intégration progressive des pays de l’Est à l’UE et à l’OTAN montre bien qu’ils ne sont pas indépendants mais qu’ils cherchent au contraire à se mettre sous tutelle de la puissance américaine. Cette réalité correspond plus ou moins au projet exprimé par Brzezinski de marginaliser la Russie Orientale en étendant l’Europe jusqu’à la Russie Occidentale, en intégrant les anciennes républiques soviétiques. Le projet américain à l’Est est donc très clair et passe par l’Union Européenne. La « mascarade ukrainienne » a bien montré le désir américain d’instrumentaliser les anciennes républiques soviétique, par la création d’un nationalisme et leur intégration dans les organisations internationales, pour isoler la Russie et empêcher sa reconstruction. L’Union Européenne, profondément atlantiste et soumise aux Etats-Unis depuis sa création, entre pleinement dans ce projet.

 

D’autre part, Poutine a laissé tomber récemment le projet d’une alliance stratégique avec l’UE, mais a en revanche augmenté les accords bilatéraux avec la France et l’Allemagne. Ce tournant peut être interprété comme étant une riposte au projet américain et la tentative de construction d’un axe de contestation « Paris-Berlin-Moscou ». Cela montre aussi que malgré les tentatives de présenter l’Europe comme un espace d’unité, alors qu’en fait les Etats poursuivent tous des stratégies géopolitiques propres, surtout depuis la fin de la Guerre Froide. Le retournement de l’Allemagne, ancien allié européen des Etats-Unis, s’explique par le fait que le pays ait été le grand perdant de la chute du mur de Berlin qui l’a affaibli économiquement avec la difficile intégration de l’Allemagne de l’Est, autant que stratégiquement avec la fin de sa position tactique entre les deux blocs. La France, quand à elle, dans sa perspective d’indépendance stratégique, a fait un pacte avec la Chine mais reste un « bon élève » de l’UE et de l’OTAN.

 

Il faut noter aussi que les élites des pays de l’Est sont d’anciennes élites communistes, qui ont changé leurs discours après les révolutions nationalistes. Les proaméricains d’aujourd’hui ne sont autres que les prorusses d’hier.  Cela montre bien que les pays de l’Est peuvent changer de stratégies au grès des évènements et des pressions externes. Ils ne constituent donc pas des alliés sûrs pour les Etats-Unis à long terme. De plus, ces pays restent encore très liés à la Russie. Hormis la Hongrie qui est un « vrai Etat », les autres pays, comme l’Ukraine ou la Biélorussie ne seraient plus rien sans la Russie. Si les USA, au moment de la chute de l’URSS, ont tout fait pour que la transition se passe dans les pires conditions possibles, il semblerait tout de même que l’influence russe est encore bien présente à l’Est. Pourtant, malgré le second arsenal militaire mondial, l’échec en 1994-1996, à résoudre les conflits en Tchétchénie, ont montré que cette puissance avait du mal à répondre à l’éclatement de sa sphère de contrôle orientale. Dans l’avenir, il semble donc que la Russie va redevenir une puissance européenne, puis mondiale ; le problème étant de savoir dans quelles conditions cela va se produire.
 

Les pays de l’Est, Etats artificiels et partagés entre les puissances américaines et Russe, sont donc, pour Mr Moracchini, une des principales sources de conflit au XXI° siècle. Ainsi, avec la chute de l’URSS et la fin de la vision bipolaire du monde, depuis la rupture sino-soviétique, la géopolitique est réapparue.  On a donné l’illusion du « règne du Droit », fondé sur la « pax americana », mais on voit aujourd’hui l’impuissance de l’ONU et le chaos qui résulte de la chute de l’URSS. Sur une échelle de 1 à 100 des chances de voir une 3° guerre mondiale arriver dans les 10 prochaines années, des experts américains ont estimé en 1998 que le baromètre était à 30. Les perspectives semblent donc très pessimistes et l’étau ne cesse de se resserrer.

 



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sur Stratogeo :
F. Moracchini et Café Babel : "L'Europe au bord du gouffre ?"


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