Mars 05 - Liban - "La Révolution du Cèdre" [Revue de Presse, Analyse]

Publié le par Pauline Prodhome


 

Après la guerre israélo-arabe de1997, le Liban vécu de grandes vagues immigrante, des Alaouites de Syrie aux Palestiniens. Au lendemain des affrontements de 1970, l'Organisation de la Libération de Palestine, chassée de Jordanie, s'installe avec ses troupes et combattants sur les territoires libanais. Cette présence palestinienne provoqua l'intervention de la Syrie et d'Israël. Le Liban ne pu pas résister à la violence des affrontements et tomba dans la guerre civile. Depuis 1990, la présence militaire syrienne ainsi que l'influence politique du régime syrien sont loin de faire l'unanimité dans la population libanaise.

En 2004, la résolution 1559 du Conseil de Sécurité de l'ONU exige que la Syrie retire ses troupes ainsi que soit mis fin aux activités militaires et réclame le déploiement de l'armée libanaise sur l'ensemble de la frontière internationale avec Israël. En 2005, l'ancien Premier ministre Rafiq Hariri est tué dans un attentat le 14 février. Une partie des Libanais et la plupart des diplomaties étrangères dénoncent l'implication de la Syrie dans cet attentat, mais ni la France ni les Etats-Unis ne mettent en cause explicitement la Syrie. Cet assassinat fut l'événement qui déclencha ce qu'on appelle déjà la Révolution du Cèdre.

Nous allons essayer de rétablir la vérité sur les événements qui ont suivi l'attentat et les principaux sujets de débat à propos du Liban; en sortant le plus possible des idées communes. Pour ce faire, Karina s'interrogera sur l'auteur de l'attentat. Emi analysera ensuite le retournement de situation provoque par le Hezbollah. Pauline évoquera enfin les pressions internationales qui s'exercent sur la Syrie.

1. L’assassinat de Rafic Hariri

lLes assassins de Rafic Hariri, tué lundi le 14.février.dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth, étaient bien décidés à ne laisser aucune chance à l'ancien Premier ministre libanais. La mise à feu de 350 kilogrammes d'explosifs a fait au moins neuf autres morts et une centaine de blessés. L'heure même choisie pour l'attaque, en milieu de journée dans un secteur où siègent plusieurs banques, témoigne de la détermination des terroristes.

Cet attentat, le plus violent commis à Beyrouth depuis la fin de la guerre civile en 1990, a été perpétré dans un quartier résidentiel de la capitale libanaise. Il s'inscrit dans un contexte de fortes tensions politiques au Liban où se préparent des élections législatives au printemps. Hariri, un homme d'affaires qui avait fait fortune dans l'immobilier en Arabie saoudite avant de se lancer en politique, avait démissionné avec son gouvernement au mois d'octobre dernier. Il avait récemment apporté son soutien aux appels de l'opposition réclamant le départ des troupes syriennes avant les élections attendues en mai.

La Syrie est-elle coupable de l’assassinat, le 14 février 2005, de Rafic Hariri? En état de choc, une partie de l’opinion publique libanaise en est convaincue. Et la dénonciation par le président syrien, M. Bachar Al-Assad, des « auteurs de ce crime odieux et de ceux qui sont derrière » n’a pas dissipé – c’est le moins que l’on puisse dire – les accusations à son égard. Pour la plupart des médias internationaux, la culpabilité du régime baasiste ne semble pas faire de doute.

Mais est-ce que le régime syrien avait l’intérêt à aggraver son cas ? Certains observateurs en viennent donc à se demander si la « trop évidente » culpabilité de la Syrie ne serait pas précisément le but recherché par les assassins. Ainsi Eyal Zisser, spécialiste de la Syrie au Dayan Institute de l’université de Tel-Aviv, affirme : « C’est totalement illogique que la Syrie l’ait fait. Cela aurait été une décision stupide de sa part. Tout le monde la surveille, et elle n’a aucun intérêt à déstabiliser le Liban ».

Donc actuellement pour les personnes qui pourraient être à l’origine de l’attentat contre Hariri il est présentée 3 versions qui sont les plus probables : les services de renseignement libanais, ceux de Damas et les services secrets israéliens. Devant les dissimulations de preuves et les jeux d’influences qui s’exercent, il semble très difficile de comprendre ce qu’il s’est réellement déroulé le 14 Février dernier.

Le fait est que cet assassinat a provoqué de fortes réactions au Liban et a provoqué une situation de crise et d’incertitudes autant dans le gouvernement libanais que au sein de l’opinion publique. La grande manifestation qui a eu lieu place des Martyrs dès le 15 février fit entendre la voix de l’opposition au régime et à la présence syrienne, et lança une vague de contestation qui aboutit le 28 février à la chute du gouvernement prosyrien d’Omar Karamé avant de lancer la contre-offensive du Hezbollah.

2. Retournement de situation du Hezbollah :

Le Hezbollah est un mouvement politique chiite libanais fondé en 1982 avec l’appui de l’Iran et en réaction à l’invasion israélienne. Devenue la principale organisation militaire de confrontation avec Israël dans le sud du Liban, le Hezbollah est désormais l’acteur essentiel du retrait israélien. Cette milice est dirigée actuellement par le Cheik Hassan Nasrallah qui a également tenu un discours le 8 Mars devant plus d’1 million de Libanais (d’après une source officielle libanaise) qui manifestaient pour « remercier la Syrie » l’expression utilisée dans l’article du journal Le Monde.

En effet contrairement à ce qu’on peut penser cette manifestation qui s’est déroulée peu de temps après les manifestations de l’opposition libanaise, n’était pas organisée pour passer le message aux troupes syriennes de rester mais justement, elle s’adressait à l’opposition afin de leur rappeler leur reconnaissance pour la Syrie qui a tant aidé durant la Guerre. Le message était clair par rapport à la démission du gouvernement, cela nécessitera de suite un remplacement de celui-ci. « Il est indispensable qu’un gouvernement d’union nationale se forme et non un gouvernement de transition neutre comme le demande l’opposition » disait Hassan Nasrallah dans son discours.

L’hostilité face aux Etats-Unis était palpable dans cette manifestation. "Nous allons manifester pour exprimer notre refus des résolutions de l'ONU et pour soutenir la résistance. Ni [le président américain George W.] Bush, ni l'ONU ne décidera quelle forme de vie et de gouvernement nous voulons avoir. Nous sommes contre l'intervention étrangère et l'intervention américaine.

La manifestation du 8 mars fut d’une telle taille qu’elle ne semblait pas être imitable par l’opposition. Pourtant la manifestation du 14 Mars, à Beyrouth qui exigeait la vérité sur l'assassinat de Rafic Hariri et réclamait le départ du chef de l'Etat libanais prosyrien, Emile Lahoud, mobilisa tout autant de monde. Les manifestants voulaient également montrer la force de l'opposition après les rassemblements prosyriens.

Des dizaines d'orateurs, députés et personnalités, se sont succédés, pour parler d’un Liban "libre, souverain et indépendant". Ils affirmèrent "Nous jurons par Dieu tout-puissant, musulmans et chrétiens, de rester éternellement uni pour défendre le Liban". Le président Libanais Emile Lahoud a aussi a participé en s’exprimant. Il a, quand à lui, mis en garde contre une « catastrophe » si les manifestations se poursuivent au Liban.

Face à ces différentes pressions internes, on peut se demander enfin si toutes ces réactions feront-il avancer pour autant la situation et si un accord parviendra à être trouvé entre les différents camps de l’opinion publique libanaise.

3. Les pressions internationales

De fortes pressions internationales se sont appliquées à la Syrie pour qu’elle retire ses troupes du Liban. On retrouve en tête de ceux-ci la France, les Etats-Unis et Israël. Pourtant, les trois puissances n’ont pas les mêmes motivations puisque pendant que les Etats-Unis se glorifient d’amener la démocratie au Moyen-Orient, la France refuse la « théorie des dominos » selon laquelle « la guerre en Irak a été l’origine d’un enchaînement vertueux au Moyen Orient ». Derrière le discours français de recherche de l’indépendance d’un Liban démocratique, se cachent donc d’autres arguments moins humanistes qu’il convient d’étudier pour comprendre la portée géopolitique de cet évènement.

Il semble que les Etats-Unis ont « en tête un changement de régime en Syrie et la proscription du Hezbollah » et « se souciaient jusque-là comme d’une guigne de la démocratie » au Liban, selon les mots du journal Le Monde du 8 mars. En effet, depuis quelque temps déjà, les Etats-Unis ont pour but d’achever l’encerclement de l’ensemble Syrie-Liban-Palestine amorcé par le partenariat stratégique conclu entre la Turquie et Israël, sous l’égide des Etats-Unis. Si l’enlisement de la guerre en Irak a empêché Washington de retourner ses forces contre la Syrie, le président George W. Bush a pourtant édicté le 11 mai 2004 des sanctions prévues contre la Syrie. Ainsi, la Syrie devrait-elle se méfier de l’invitation du président américain, le 8 mai, à quitter le Liban, surtout qu’il a reçu dans la journée le soutient du congrès américain pour imposer de nouvelles sanctions à la Syrie « tant qu’elle n’aura pas quitté le Liban ni renoncé au terrorisme ».

Israël quant à lui, se réjouit d’un retrait des troupes Syriennes au Liban qui ont été mises en places contre lui ainsi que la déstabilisation du Hezbollah que cela provoquerait. Pourtant, selon Courrier International, « Israël ne devrait pas se réjouir du soulèvement libanais » car ils seraient alors le seul pays arabe occupant des territoires. De plus, la théorie selon laquelle cela affaiblirait le Hezbollah n’est pas vérifiée car une éventuelle élection démocratique au Liban provoquerait au contraire le renforcement du premier parti du pays. Enfin, Israël ne parle pas de se retirer des fermes de Shabaa à la frontière syro-israelo-libanaise.

La Syrie, face à ces pressions, a accepté le 5 mars de suivre la résolution 1559 de l’ONU. Le retrait des forces militaires mais également du service de renseignement syrien au Liban devrait se faire en deux étapes. La première, qui prévoit le redéploiement des forces vers la plaine de Békaa (Est du Liban), est prévue d’ici fin mars alors que la seconde, qui conduira à un retrait total n’a pas été daté. Si la Syrie a promis samedi à l’émissaire de l’ONU Terje Roed-Larsen que cette seconde étape serait réalisée avant mai, l’ONU attend toujours que la Syrie lui remette son calendrier de retrait. Lors d’une seconde rencontre dimanche 13 mars avec Roed-Larsen, le président syrien, Bachar El-Assad, n’a pas mentionné le calendrier ni la résolution 1559, se contentant d’évoquer les « accords de Taëf » signés le 22 octobre 1989. Le retrait des troupes syriennes n’est donc pas encore assuré.

Conclusion:

Il semble être encore trop tôt pour réellement conclure sur ces récents événements au Liban. Le retrait des troupes syriennes est bien réel dans le nord du Liban, mais on peut se demander si cela continuera, une fois que la presse internationale se préoccupera moins des affaires du pays. La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice s'est félicitée de la décision de la Syrie de retirer ses forces du Liban. Mais elle a toutefois affirmé: "nous allons continuer de faire pression (sur Damas) pour une pleine application de la résolution 1559". Le conseiller de la Maison-Blanche pour la sécurité, Steve Hadley ne se réjouit pas non plus trop vite. Pour lui "ce sont les actes et non les mots qui comptent". Monsieur Hadley rappelle également que les Etats-Unis ont appelé à des élections "libres et équitables, et sans influence étrangère".

Monsieur Raffarin a été interrogé sur le fait de savoir s’il fallait considérer le Hezbollah comme une organisation terroriste. Il a répondu : « Autant nous avons avec l’ONU une ligne directrice pour que la résolution puisse conduire à la souveraineté du Liban, autant nous n’avons pas à nous immiscer dans les affaires intérieures de ce pays ».Mais on pourrait se demander si les pressions internationales qui ont eu lieu ne peuvent pas être déjà considérées comme une atteinte au droit de non-ingérence comme l’a affirmé le leader du Hesbollah le 6 mars dernier : « Cette résolution d’inspiration israélienne, susceptible de créer la sédition, est une ingérence flagrante dans les affaires intérieures libanaises ».

La réalité sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri n'est pas non plus connue actuellement. Selon le quotidien britannique The Independent, la commission d’enquête des Nations unies est sur le point de conclure que les autorités libanaises ont dissimulé des preuves sur le meurtre. Le quotidien britannique affirme en effet que "les enquêteurs de l’ONU sont désormais convaincus qu’il y a eu une tentative de dissimuler des preuves au plus haut niveau des services de renseignements syriens et libanais".

Les évolutions au Liban ont donc été significatives ce dernier mois. Cependant, elles ne sont pas finies et il faudra prendre plus de recul pour en analyser les effets à long terme. Il ne faut pas se réjouir trop vite comme l'a fait par exemple le Courrier International en intitulant un de ses dossiers sur le Liban "le Liban libre".

 
 
                                     
 
 

Articles et documents utilisés :

 
  • « La Syrie va retirer toutes ses forces du Liban » Le Monde 12 03 05
  • « Les principaux points de la résolution 1559 de l'ONU sur le Liban » Le Monde 12 03 05
  • « George Bush exhorte Damas à quitter le Liban »Le Monde 09.03.05
  • « Pour Paris, la guerre en Irak n'est pas à l'origine d'un enchaînement vertueux » Le Monde 08.03.05 par Claire Tréan
  • « Comment préserver le socle du régime, La Syrie sous pression » Le monde diplomatique juillet 2004 par Paul-Marie de La Gorce
  • « Bush et Chirac appellent au retrait » Libération 08 03 05
  • « Hezbollah Leader's New Fray: Lebanese Politics » The New york times 13 03 05 By Neil Mac Farquhar
  • « La démonstration de force du Hezbollah » Le figaro 13 03 05 par Katia Clarens
  • « Démonstration de force des manifestants pro-syriens à Beyrouth » Le Monde 08 03 05 avec AFP et Reuters
  • « Manifestation prosyrienne massive à Beyrouth » Le Monde 08 03 05
  • « Un prestige sans égal » Libération 09 03 05
  • « Rafic Hariri, ex-Premier ministre libanais, tué dans un attentat » Libération 14 02 05 par G.T.
  • «Poudrière libanaise » Le monde diplomatique 03 05 par Ignacio Ramonet
  • « Israël ne devrait pas se réjouir du soulèvement des libanais » Courrier International 10 03 05 par Zvi Bar’el et Ha’Aretz
  • « a Syrie doit remettre aux Nations unies un calendrier de retrait » Courier International 14 03 05
  • « Le deuil d’Hariri réunit les Libanais » La Croix 15 02 05 par Tristan Khayat
  • « L'opposition gagne sa première bataille » Courrier international 01 03 05
  • Texte officiel de la résolution 1559 du conseil de sécurité de l’ONU
  • Site du journal libanais l'Orient le jour www.lorient-lejour.com.lb

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