Relations internationales et géopolitique [Théorie, Global]

Publié le par Pauline Prodhome

Relations internationales et Géopolitiques, deux domaines proches, inspirés de la même branche, aussi peu mis en valeur en France, et pourtant si différents dans leur raisonnement ! Nul besoin de faire de préférences ou de soupeser la noblesse de chacun, mais bien de les expliquer et de les comparer.

La géopolitique d’abord, a été longuement ignorée en France à cause, il faut bien le dire, de son utilisation par l’Allemagne nazie dans la notion d’ « Espace Vital » du Général Haushofer. De plus, pendant toute la période de Guerre Froide, ou du moins jusqu’à la rupture sino-soviétique des années 1960, la vision bipolaire du monde a empêché les théoriciens de penser les conflits et le monde dans une optique géopolitique. Pourtant, grâce à des théoriciens comme Yves Lacoste, elle a repris un peu de son influence dans les milieux universitaires.

C’est ainsi que l’on rejoint l’histoire des relations internationales puisque, dans une certaine mesure, Yves Lacoste est élève de Pierre Renouvin et Jean Baptiste Duroselle, inventeurs de l’histoire des relations internationales en 1950. Les deux auteurs ont effectivement tiré parti des apports de l’Ecole des Annales crée en 1930 par M. Bloch et Fernand Braudel, mais n’ont pas voulu abandonner les fondements de l’histoire classique et diplomatique. P. Renouvin s’est concentré sur les « forces profondes » matérielles  (géographie, démographie, économie) et spirituelles (mentalités collectives et sentiments nationaux) tandis que J.B. Duroselle s’est intéressé au processus décisionnel et de l’influence mutuelle entre les décideurs et les forces profondes.

Il semble donc que le renouveau français de la géopolitique des années 1960 a été permis par l’analyse des forces profondes géographiques dans l’histoire des relations internationales. D’une histoire semblable, créés « dans le même moule », les deux matières sont proches dans leur analyse de l’histoire et des conflits mondiaux, ainsi que dans leur utilisation, parfois abusive, par les décideurs de toute époque. Pourtant, au-delà de ce rapprochement de forme, une grande différenciation est présente dans leur fond.

En effet, il semble que ces deux notions se profilent en parallèle, dans une certaine ignorance l’une de l’autre et que leurs réunion tende souvent à devenir conflictuelle. C’est ainsi que des historiens des relations internationales ont une certaine méfiance, voire une répugnance pour la géopolitique. C’est le cas par exemple de Pierre Grosser quand il étudie « l’usage de l’histoire dans les relations internationales » et reproche à la géopolitique de créer des « discours déterministes » sur l’évolution des nations. Les géopoliticiens quand à eux, parfois rejettent ou ignorent l’histoire des relations internationales dont pourtant ils s’inspirent. Ce climat entre chercheurs s’explique par une différence de finalités entre les deux études. C’est l’éternel combat de l’historien « usager » (selon J.B. Doroselle) et du théoricien.

Ainsi, dans la technique employée et dans les finalités recherchées, les deux matières s’opposent véritablement. A la recherche de la vérité mesurée et sceptique sur un temps court du passé pour l’historien, répond une recherche de théorisation, souvent pessimiste, d’un temps long de l’histoire dans le but d’une prédiction de l’avenir mondial pour le géopoliticien. Si certains historiens des relations internationales se sont penchés sur la théorisation, comme J.B. Duroselle dans ouvrage « Tout empire périra » de 1981, il reste tout de même que les historiens actuels ont tendance à la rejeter, qualifiant même cet ouvrage de « leur maître » comme le plus mauvais de sa carrière, alors que celui-ci le présentait au contraire comme un aboutissement.

Ces deux approches de l’histoire mondiale, l’une plus « politique » et l’autre plus « techniciennes » sont donc en défi, voire en conflit permanent. Pourtant, l’analyse et l’utilisation de l’histoire mérite bien de recevoir ces deux apports. Contre une vision unilatérale, J.B. Duroselle disait bien qu’il n’y avait pas une mauvaise et une bonne histoire, mais bien une « histoire partielle et une histoire totale ». Tous les aspects de l’histoire sont donc bons à être pris, dans le long comme le court terme, le chronologique et l’explicatif, le factuel et le théoricien. Les conflits entre disciplines sont seulement un frein à l’ « histoire de la vérité » et sont donc à éviter pour permettre de comprendre la complexité du monde à toutes les époques. Si une réconciliation s’avère un jour impossible, selon je doute fort, on ne peut néanmoins pas reprocher à un individu de puiser dans chacune des branches, ni même tenter, comme le font certains instituts, universités ou écoles, de vider la géopolitique de sa substance, la transformant en une « histoire géographie » vide d’enseignements et de théorisations, mais plus « politiquement correct ».


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