Une provinciale à Paris : Le métro [Texte, Prose, Art]

Publié le par Pauline Prodhome

Ah Paris ! La plus belle ville du monde ! Ses musées, ses concerts, ses belles places et son charme... Tout pour faire rêver ! Pour d'autres pourtant, il cauchemar : son stress, son prix, son odeur, son Métro… Et pourtant, combien d'histoires se déroulent dans le métro ? Combien de coups de foudres, de ruptures, de délires entre copines, de baisers langoureux, de suicides, d'enfants qui rient ? Avez-vous déjà pensé au nombre de personnes qui s'entassent chaque jour dans ce lieu clos ? Chaque parisien y a ses anecdotes et y laisse une partie de sa vie se dérouler le long de la rame...

 

Cela commence, pour une petite provinciale, par le repérage dans les couloirs sinueux. Demander de l'aide ? Certains s'accrochent à leurs sacs à mains, d'autres vous répondent qu'ils peuvent vous offrir un verre... Mais aucun ne semble s'intéresser à votre problème ! A plusieurs c'est plus facile dites-vous ? Et pourtant, entre copines, au milieu des gloussements, on finit généralement par se rendre compte qu'on est remonté dans le même métro. Là commence alors un débat. « Je croyais que tu regardais », « Mais non c'était toi ! ». Bon, on se calme et on descend. On prend le métro dans l'autre sens pour faire la correspondance et... « Tu disais quoi sur Sophie ? » « Avec Marco c'est ça ? » ... Zut, on a laissé passer l'arrêt ! C'est reparti, et on se concentre cette fois-ci !  Ok c'est plus sympa, mais pour la rapidité, tu repasseras...


En tout cas, avec notre petit plan, notre manie de regarder toutes les publicités dans les couloirs, de fixer les gens et de sourire bêtement, on comprend vite qu'on n'est pas dans le moule. Le problème n'est pas tant de s'en rendre compte, mais surtout que d'autres le fassent avant nous. La pancarte qui clignote avec écrit « proie facile », c'est comme les cornes, on met du temps à la réaliser. Ainsi, on donne 2 euros à un pauvre clochard qui vous a touché avec ses grands yeux tristes, avant de réaliser au vingtième que lui non plus ne sait pas jouer d'accordéon et que de toute façon on est une étudiante fauchée, pas mère Térésa ! En plus, on se fait draguer par tous les types qu'on fixe avec notre sourire béat et on se fait aborder par toutes les grands-mères en mal de rapports sociaux... Normal, une jeune fille souriante, c'est rare dans le métro ! Une fille qui répond poliment encore plus et... « Ça se voit que vous n'êtes pas parisienne mademoiselle, vous êtes trop aimable pour ça ! »


Aimable ou non, nous on voudrait juste qu'on nous foute la paix ! Qu'on nous laisse sourire bêtement si ça nous chante et qu'on arrête de parler de notre regard les yeux rivés dans notre décolleté ! La politesse c'est bien gentil, mais comment expliquer poliment au gars qui nous rase depuis 5 minutes qu'il est moche, qu'on ne tape pas dans les vieux ou les cas sociaux, qu'on a pas envie de discuter, ni de prendre un verre, encore moins de visiter son appartement et que sa petite carte « à une perle rare » on n'y croit pas un mot ? Après plusieurs tentatives infructueuses, on investit dans un bon bouquin ou un lecteur mp3. Mais là, avec notre pancarte clignotante, on nous demande « c'est quoi ? ». On répond, et c'est reparti pour huit arrêts à se dire « il va bien finir par descendre » sous le regard compatissant des parisiennes, des vraies, qui ne se font plus avoir !


Alors on prend le masque et on rentre dans le moule. On apprend à sourire dans sa tête et à adopter la « Parisienne attitude ». Entre copines, on garde nos délires, mais l'oeil fixé sur les stations. On continue à se raconter nos vies mais en sachant très bien que les murs ont une centaine d'oreilles braquées sur notre conversation. Ca nous amuse même. On est deux, on est fortes ! Alors on continue à parler de sexe en rigolant des réactions curieuses ou choquées de nos voisins, on picole et chante dans le métro pour se préparer à la soirée à laquelle on se rend, on se fait draguer par les passagers ou même le conducteur et on se dit qu'on a bien fait de mettre cette petite jupe et que l'effet est acceptable. On en rie, on en joue. On reste provinciales et fières de l'être ! Non on ne sort pas à l'Amnésia ni à la dernière boite branchée ! Oui on sait faire la fête, on est joyeuses, charmantes et aimables  !


Mais toute seule, c'est différent. On garde le masque. Méconnaissables. Les yeux rivés sur le mur noir qui défile, on ne voit ni n'entend le monde qui nous entoure. Quand on nous parle on ignore ou parfois, Zut, on sourit ! Un petit reste il faut croire... Mais on se reprend très vite et trouve les mots et les silences qui coupent court à la conversation. Ouf, on est sauvées ! Si d'un regard, on aperçoit un beau mâle, surtout, ne pas bouger, ignorer ! Il y a deux catégories dans le métro. Les dragueurs, forcément lourds et moches et les autres. Nous on est des autres, même la crème ! Question de fierté, un regard discret, un sourire timide. Il y répond, ou non, et se replonge dans son livre... symbole qu'il est très prisé lui aussi ! Au bout de quelques stations, il descend, se tournant vers nous pour un dernier regard. Tien, il nous avait remarquée ? Trop tard, tant pis, ce sera pour une autre fois... dans un autre métro.


Quand, ho surprise, un de ces jeunes hommes nous propose de vous aider à porter votre sac on n'en revient pas. On hésite, on dit non, puis on finit quand même par accepter. Il faut dire aussi que notre sac pèse quinze tonnes, qu'il est onze heures un dimanche soir, que notre chat miaule à fendre l'âme depuis 3 heures qu'ils est enfermé dans sa boite et que notre correspondance à gare de l'est ne propose pas l'option escalier roulant. Pourtant, sous le cou de l'émotion intense, on oublie de le remercier, ni même de lui demander son numéro. De toute façon, avec cet accent du sud et surtout son amabilité, c'était sûrement un provincial... Un peu notre ancêtre lointain quoi ! Alors on repart tranquillement, riante à l'intérieur et glacée à l'extérieur, dans un autre métro, entourée de parisiens qui cachent aussi bien leurs pensées que nous... ça y est, on est une parisienne, une vraie ! Froide, hautaine, distante... mais tranquille !


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Publié dans www.stratogeo.com

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